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Premières amours...

Nous sommes ainsi faits que nous n’oublions jamais nos premières amours. Ici, il n’est pas question des frangines, mais de moto.

Nous venons d’avoir pour la première fois dans notre pays, un champion du monde de motoGP. Il était temps…

Le grand public, celui qui ne s’intéresse pas plus que ça à la moto, peut penser que dans notre beau pays, nous sommes plus doués pour la cuisine que pour les performances en deux roues. Et pourtant…

Moi, mes premières amours motorisées l’ont été avec des pneus à crampons. Et, on ne le sait pas forcément, mais le tout terrain a fourni une véritable palanquée de champions français. Nous avons dominé le monde, et pas qu’un peu. Autre chose que les sempiternels espoirs déçus du Z, mais c’est un autre débat.

Connaissez-vous les disciplines de moto tout terrain ? Certainement, ou du moins vous croyez les connaître. Je vous propose donc un tour d’horizon des disciplines tétinesques les plus connues.


A tout seigneur, tout honneur, débutons par le trial.


Discipline inventée par les anglais (de toutes manières, les brittons ont inventé tous les sports), ou la vitesse n’a aucune importance, qui consiste à franchir des obstacles sans poser le pied à terre. Au début, les obstacles étaient naturels, rochers, troncs, ravins, chemins de chèvres, cela a beaucoup changé.

Les règles en sont très simples : 1 pied par terre = 1 point, deux pieds= deux points, trois pieds= 3 points et au-delà, c’est échec soit 5 points. Celui qui a le moins de points à la fin de la journée a gagné (oui, la course dure une journée complète)

Les motos étaient petites, de faible cylindrée, à 4 temps et majoritairement anglaises ; C’est l’époque de Sammy Miller, de Mick Andrews, de Malcom Rathmel. Pas de championnat du monde à cette époque, juste un championnat d’Europe.







Puis les firmes espagnoles sont arrivées et ont tué les petites anglaises. Ce sont les Bultaco, Montesa et Ossa. Le championnat devient championnat du monde. Nous sommes dans les 70’s. Curieusement, l’industrie japonaise, qui était alors en plein essor, ne s’est jamais réellement intéressée au trial. Sauf une marque, Yamaha, qui a débauché le grand Mick Andrews de chez Ossa pour créer la TY. Un bide en compét, mais un succès commercial mondial.

L’épopée espagnole s’essouffle, le pilotage se modernise, comme les zones qui deviennent plus physiques, voici venu le temps des italiennes. SWM, Fantic, Aprilia, Italjet vont à leur tour dominer le monde.





Cocorico, le savoyard Gilles Burgat décroche le titre de CDM en 1981 au guidon de sa SWM.





Il sera suivi par Thierry Michaud, double CDM outdoor au guidon de sa Fantic.

Parallèlement, l’indoor naît. Michaud y sera également titré en 1988, son année.

Mais d’autres arriveront qui ne laisseront que des miettes : l’espagnol Jordi Tarres, 7 fois CDM, le briton Doug Lampkin, 12 titres de CDM et surtout l’ogre Toni Bou, 29 titres (Outdoor et Indoor à ce jour).



Toni Bou, le G.O.A.T


Pour ceux qui ne connaissent pas ou pas bien, une bécane de trial, c’est +ou – une 300cc, 2 ou 4 temps, 80 kgs, 20 cv à tout casser, une démultiplication hyper courte, pas de selle et des suspensions très souple mais avec une détente mahousse costaud, pour se servir du rebond pour franchir les obstacles.

Sauf à dire que vous n’avez nulle envie de descendance, on ne roule que debout, la position assise avec les genoux au niveau des yeux et les machines à gamètes broyées étant particulièrement inconfortable.

Le trial a fourni, fournit et fournira encore les pilotes de motos les plus fins.


4 titres de Champion du monde pour la France, quand même.


Il y avait auparavant une épreuve qui déplaçait les foules (et les usines !!!), bien plus prestigieuse que le championnat du monde : le Scottish six days, ou les 6 jours d’Ecosse. Des conditions dantesques, boue, froid, neige, le Ben Nevis à grimper dans tous les sens.


Malheureusement, pour d’obscures raisons, en réalité pas si obscures que ça, cette épreuve a périclité, trop dure pour les pilotes et leur prenant trop de temps. C’était l’équivalent du TT de l’île de Man pour les pistards, vous voyez la légende…



Passons à l’Enduro


Pour les ceusses qui connaissent pas du tout, c’est le contraire du trial. Quoique… Ici la compétition se déroule sur deux jours, deux fois 7 ou 8 heures à se faire tabasser dans les bois et les chemins, et s’apparente au rallye sur route si vous connaissez : des liaisons, ou le temps est imparti (arrivé et surtout pointé trop tôt= pénalité, arrivé et pointé trop tard= pénalité) puis des spéciales ou chacun son tour, on doit faire le meilleur temps possible.

C’est la discipline ultime, qui réunit énormément de qualités : la condition physique, le pilotage (on ne sait pas sur quel type de terrain on va rouler), la mécanique (seul le pilote a le droit de toucher sa machine au parc fermé. Il est seul, là aussi dans un temps imparti pour faire les filtres et les changements de pneus). Et changer un pneu arrière en moins de cinq minutes, dans la fange, avec des bottes de cross, après 8h de pétrolette avec des démonte pneus de 20cm, t’as qu’à essayer, hein…

Ça m’a couté des morceaux de ferraille dans le bras et dans le fémur. Mais, putain que c’était bon.

Les bécanes, contrairement à ce que le grand public croit, ne sont pas des bécanes de cross. Elles sont homologuées, avec une boîte de vitesse à la première courte (contrairement aux cross), un moteur qui doit être souple, plein de couple et surtout fiable, parce qu’il en prend plein le vilebrequin. Suspension hautes (débattement moyen 30 cm, dures ou pas selon le pilote (dures tu vas plus vite et t’es détruit plus vite, pour les pros only), moteurs désormais à 4T, quoique des 2T résistent. Les marques les plus connues : KTM, HVA, Beta, Gas Gas. Fantic revient.

Fut un temps, la mode était à la bécane de cross japonaise endurisée, mais ça ne l’a pas fait, majoritairement à cause de la boite et du moteur ou tous les canassons étaient tout là-haut, donc inutiles dans un devers ou un pierrier ou un ravin.

Pour la petite histoire, c’est celle-là qui m’a fait aimer l’enduro


350cc, 27cv de pur plaisir


Puis, celle que j’ai préférée parmi toutes mes meules (9 bécanes d’enduro), la plus inutile, mais la plus jouissive… ma grosse suédoise (chacun ses goûts, hein…), ma 390 WR:

Démesurée, trop de tout : trop de cv, trop haute, trop violente, mais putain que c’était bon


La discipline a été, tout au début, dominée par les pays de l’Est (les Tchèques et leurs Jawas), puis les italiens et vint le tour des français, là aussi, multi champions du monde, solo ou par équipe.

Ci-dessous Marc Moralès (le plus beau style, de très loin) et Peter le Master





Ensuite, les nordiques se sont imposés, avec parmi eux, Monsieur Enduro, j’ai nommé Juha Salminen (13 fois CDM, avec au moins un titre dans chaque cylindrée)




Cette discipline qui a longtemps rencontré un beau succès, a malheureusement fait de trop nombreux petits : des épreuves grand public, bienvenues, genre Trèfle Lozérien ou Enduro du Touquet (qui n’a absolument rien d’un enduro, c’est du moto cross !!) ou le poireau moyen peut rouler avec des champions du monde mais aussi de l’Enduro indoor (!!!) appelé super Enduro, de l’Enduro extrême appelé Hard Enduro, des épreuves montées de toutes pièces par des sponsors (Red Bull Romaniacs, Ezbergrodeo) ou c’est toujours plus dur physiquement avec des franchissements d’outre-tombe. C’est du survivor, du stage commando puissance 1000.

Les pilotes qui viennent du trial y prennent très souvent l’avantage. Normal, quand t’as un pierrier de 300 m de long avec des pavasses d’1,50m à franchir…

Dans cette discipline, Graham Jarvis, du haut de ses 40 balais allègrement dépassés domine toujours







Et puis, la discipline qui nous a fourni le plus de Champions du monde, c’est le moto-cross.



Initialement conçue par des gens qui s’étaient essayé à l’Enduro, mais qui se perdaient dans les chemins, ces derniers ont trouvé plus simple de tourner en rond sur un circuit.

Aujourd’hui, deux cylindrées uniquement, 250 et 450cc, pour deux championnats nommes

MXGP2 et MXGP1.

Spécialité très simple, comme la moto de vitesse : tu prends le départ et faut aller le plus vite possible. Sauf qu’ici, y a de la boue, des ornières, des sauts, du sable, de la caillasse, bref un cauchemar pour toute personne normalement constituée.

On a eu de très bons pilotes (Daniel Péan sur Maico, Jean-Jacques Bruno sur Suz, jamais titrés mais tous deux pilotes d’usine, très rare pour des français dans les 70’s) qui ont fait germer l’idée chez les petits jeunes que c’était possible.

Les championnats nationaux étaient bien organisés, l’essor que le cross a connu aux USA commençait à arriver en France, une catégorie mini verts pour les petiots, et Yam qui vendait des Pee Wee à la pelle.

L’âge d’or du moteur deux temps

Puis est arrivée la panthère rose, Monsieur Jacky Vimond, premier français champion du monde dans cette discipline.




Il sera suivi par beaucoup d’autres :

Jean Michel Bayle, Sébastien Tortelli, Mickael Pichon, Yves Demaria, Frederic Bolley,Michael Maschio, Christophe pourcel, Marvin Musquin , Romain Febvre et le tout dernier Maxime Renaux (dimanche dernier !!!)en espérant que Romain Febvre pourra doubler son titre.

A ce sujet, suivez le MXGP cette année : à deux courses de la fin, avec 100 points restant à distribuer, Febvre en tête, Gajser second et Herlings troisième se tiennent en…3 points.

Dommage que cette année, Cairoli arrête. Tout comme Rossi, il n’ira pas chercher son dixième titre.

Un seul y est parvenu, le G.O.A.T, j’ai nommé Stefan Everts






Alors, que dire ? Bravo, bravissimo à Fabio pour son titre, mais nous, les adeptes des tétines, ne l’avons pas attendu pour briller.

Il est simplement dommage que la moto tout terrain n’ait pas l’audience qu’elle mérite, pas écologiquement dans l’air du temps.


Cela dit, l’électricité arrive, alors nouveau départ pour ces disciplines ?


ps: si ça vous a plu, je vous ferai un truc sur les autres disciplines encore plus méconnues pour la plupart d'entre elles: Grass track, Dire track; courses sur glace, moto-ball et rallyes exotiques.


Ouro

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